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La chronique culturelle #9

Rencontre avec Rachel Rousset, en dernière année de Bachelor Arts & Industries Culturelles de l’ICART, nous partage son parcours et sa passion pour l’art. À travers ses influences et son engagement personnel, elle nous livre son regard sur les enjeux contemporains du secteur, tout en restant fidèle à sa vision de l'art comme un moyen de se connaître soi-même.

Rachel Rousset, 21 ans, a grandi sur l'île Maurice, où l'art n’est pas au centre des priorités culturelles. Cependant, dès son plus jeune âge, elle a développé une sensibilité artistique qui l’a poussée à suivre sa véritable vocation. Après avoir exploré d'autres voies, c'est l'art qui a pris toute la place dans sa vie. Aujourd'hui, en dernière année de Bachelor Arts & Industries Culturelles à l'ICART Bordeaux, elle se plonge dans l’histoire de l’art pour mieux comprendre notre histoire commune. Pour elle, un monde sans art est un monde dépourvu de sens.

Comment est née votre passion pour l’art ? 

Je n’ai pas de souvenir précis de la naissance de ma passion pour l’art. J’ai l’impression d’avoir eu la chance de naître avec cette sensibilité artistique. J’ai toujours aimé ce qu’il y avait de beau, les choses qui faisaient sens pour moi. Depuis toute petite, j’adore dessiner : j’y trouve un véritable moyen de libération. Dans cette idée, je pourrais dire que le mouvement impressionniste a beaucoup nourri mon regard et ma sensibilité, car on y trouve un croisement entre le beau et l’expression, quelque chose qui est aujourd’hui moins facile à retrouver. Il est toujours difficile pour moi d’expliquer pourquoi j’aime l’art, je pense que c’est quelque chose qui ne se raconte pas mais qui se vit.

Cela peut paraître un peu cliché, mais Les Nymphéas de Monet est l’une des œuvres qui m’a le plus marquée : c’est contemplatif, on pourrait passer des heures à l’admirer. Complètement différent visuellement et sensationnellement, Le Cri d’Edvard Munch a également beaucoup fasciné mon esprit et m’a fait beaucoup réagir. Comprendre son histoire a été d’autant plus révélateur pour moi : un homme frappé par une crise d’angoisse sur un pont. Certains détails, comme les hommes qui continuent leur marche derrière lui, peuvent montrer, selon moi, un moment figé pour l’homme pris par la crise, tandis que le monde continue d’avancer autour de lui. Cette œuvre me touche aussi parce qu’elle met en image des états intérieurs que l’on peut tous traverser, ce qui rend l’identification d’autant plus forte et apaisante. J’ai beaucoup étudié ce tableau, qui relie le beau, l’histoire, les sensations et les émotions sans jamais tomber dans une forme de victimisation, et c’est cela qui me plaît.
 

© Spencer Platt / Getty Images

La dernière exposition qui vous a particulièrement marquée ? 

L’exposition photo de Kourtney Roy à la galerie Les Filles du Calvaire m’a particulièrement marquée. J’y ai découvert une artiste qui pratique systématiquement la mise en scène de ses sujets, et j’ai adoré cette approche, car on ne retrouve plus aujourd’hui beaucoup de photographies à la fois qualitatives, simples et pourtant très fortes visuellement. J’ai beaucoup aimé la manière dont elle met en avant un personnage féminin (qui est en réalité elle-même) qui s’assume pleinement : on est parfois à la limite de la provocation, mais c’est toujours esthétique, ce qui nous amène naturellement à nous poser des questions. Le choix de vêtement du modèle m’a beaucoup marqué, car ce sont des couleurs éclatantes sur un paysage avec un grain ancien presque désertique. L’exposition m’a réellement plongée dans un univers cinématographique, avec l’impression d’entrer dans une succession de scènes, presque comme un film figé dans l’image.

© Kourtney Roy, Failed postcards of Napoli, Piazza Mercato, 2025

Une ou plusieurs expositions à ne pas manquer en 2026, selon vous ? 

Chaque année, au mois de mai, le château de Malleret, au Pian-Médoc, pas loin de Bordeaux, accueille un artiste différent présenté par Yoyo Maeght. Ce sont des expositions à ne pas manquer, car elles sont réalisées dans un cadre magnifique, dans un chai viticole. Cette année, ce sera un artiste moldave, Sergio Ciochina, qui sera exposé, avec de très grandes toiles et des couleurs magnifiques.

→ Château de Malleret
21 mai - 21 juin 2026

470 Chem. Malleret, 33290 Le Pian-Médoc

Depuis le 14 janvier 2026, les visiteurs hors Union européenne doivent payer 32 € pour visiter le musée du Louvre, soit 10 € de plus que les visiteurs européens. En tant qu’étudiante en art et patrimoine, quel regard portez-vous sur cette décision ? 

Je trouve dommage que les visiteurs hors Union européenne doivent payer une somme supérieure à celle des Européens, surtout si nous prenons en compte la possibilité que certains touristes ne viennent à Paris uniquement ou principalement pour visiter le Louvre.
 

© Martin Parr. Paris. Le Louvre. 2012 (Martin Parr / Magnum Photos / Galerie kamel mennour)

Le secteur du patrimoine évolue rapidement. Quels enjeux vous semblent aujourd’hui les plus importants ? 

Selon moi, les enjeux majeurs du secteur du patrimoine aujourd’hui concernent l’équilibre entre ouverture au plus grand nombre et préservation du sens, du respect et des valeurs que ces lieux incarnent. Le patrimoine ne doit pas devenir un simple espace de passage ou de consommation culturelle, il doit rester un lieu de recueillement, d’attention et de respect, où la rencontre avec les œuvres et les lieux se fait dans une certaine qualité de présence.

Si l’accessibilité et l’inclusion sont essentielles, elles doivent s’accompagner d’un travail de transmission et d’éducation au regard. Ouvrir largement les institutions sans accompagner les publics peut parfois fragiliser l’expérience, tant pour les œuvres que pour les visiteurs eux-mêmes. Il me semble important de préserver un cadre, afin de maintenir une relation respectueuse au patrimoine et de ne pas perdre ce qui fait sa valeur symbolique et culturelle.

La numérisation représente également un enjeu intéressant, à condition qu’elle reste un outil au service de la compréhension et non une substitution à l’expérience sensible. Pour moi, rien ne remplace le rapport direct à l’œuvre, le temps de contemplation, le silence parfois nécessaire pour ressentir pleinement un lieu ou un objet patrimonial.

Enfin, la question du développement durable doit s’inscrire dans cette même logique de responsabilité et de cohérence avec les valeurs portées par les institutions culturelles. Préserver le patrimoine, c’est aussi préserver les ressources, les savoir-faire et une certaine éthique de travail. Je pense donc que l’enjeu principal est de réussir à conjuguer ouverture, transmission et exigence, afin que le patrimoine reste un espace vivant, mais aussi un espace de sens, de respect et de profondeur.

Quel regard portez-vous sur l’usage des nouvelles technologies dans les musées et les lieux patrimoniaux ? 

L’arrivée des nouvelles technologies est très souvent controversée. Je peux comprendre ce point de vue dans l’idée que nous sommes attachés à nos habitudes et le côté de simplicité ou d’art dit « pur ». Cependant, je pense qu’il est important d’avancer et d’évoluer avec son temps, et aujourd’hui, c’est inévitable, la technologie nous entoure. Donc, pourquoi ne pas utiliser ces nouvelles technologies à notre avantage ? Je pense qu’il est possible de créer de très belles choses, comme le font déjà Luminescence dans des monuments emblématiques de la France. Cependant, il est important que ces nouvelles technologies restent un outil servant l’œuvre et non une substitution à l’œuvre.

Un projet que vous avez réalisé dans le cadre de votre formation à l’ICART et dont vous aimeriez nous parler ? 

J’ai récemment effectué un stage chez My Collection Yoyo Maeght, où j’ai eu la chance de participer à l’exposition La Californie de Thierry Lefort, une exposition de peinture présentée dans un lieu de plus de 1 000 m², qui a rencontré un véritable succès. Cette expérience m’a procuré beaucoup d’émotion, car j’y ai perçu un retour fort à la peinture, un art qui s’inscrit dans le temps, qui demeure et ne s’efface pas.

J’ai également eu le plaisir de retravailler avec un artiste très humain et passionné, avec qui je collaborais pour la deuxième fois en trois ans. Sa passion pour l’art et l’histoire de l’art est particulièrement inspirante. Il a étudié de nombreuses techniques artistiques, notamment la théorie cézanienne, ce qui se ressent dans sa peinture : on y retrouve une certaine sensibilité proche de l’impressionnisme, sans que ce soit réellement de l’impressionnisme. Sa manière de travailler la lumière, la couleur et la construction de l’espace provoque chez moi des sensations similaires, ce qui crée un lien très fort avec mon propre regard artistique.

Cette expérience m’a profondément marquée, car j’ai participé à l’exposition de A à Z, de la préparation à l’accueil du public, et tout s’est déroulé dans d’excellentes conditions. Cela a renforcé mon envie de m’investir dans des projets artistiques concrets, où la rencontre entre les œuvres, les artistes et les publics prend tout son sens.

En savoir plus sur les événements organisés par les étudiants

Quel(s) métier(s) de l'art et du patrimoine vous attire(nt) le plus aujourd’hui ?

Le métier de galeriste m’attire particulièrement, car c’est un métier très polyvalent, on touche à tout, et l’on ne s’ennuie jamais. C’est également un métier très gratifiant, car les artistes, les collectionneurs, et même les visiteurs nous accordent une réelle confiance. Il existe très peu de métiers dans l’art qui permettent, par exemple, de toucher directement une œuvre, le métier de galeriste, lui, nous en donne la possibilité, et j’adore cette proximité profonde avec l’univers artistique.

Même si l’on ne peint pas une œuvre, on a tout de même la possibilité d’apporter son regard artistique et de faire partie de sa mise en valeur, notamment en créant une scénographie qui la sublime et renforce son impact auprès du public. En quelque sorte nous faisons partie de l’œuvre et de son histoire dans le temps. 

En savoir sur le métier de GALERISTE

Les recommandations culturelles de Rachel

​ 🎨 Un artiste contemporain à suivre de près aujourd’hui ? 

Sergiu Ciochina 

👂 Un livre, podcast ou documentaire sur l’art à conseiller ? 

Arte propose toujours des documentaires très intéressants et fascinants sur l’histoire de l’art. Il y a également le livre Art de Yasmina Reza, qui est une très belle façon d’expliquer à quelqu’un pourquoi l’art est important. Si quelqu’un vous dit qu’il ne comprend pas l’art contemporain et son utilité, offrez-lui ce livre !

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    Le compte Nature peintures poste très régulièrement des vidéos sur l’art, des expositions etc., ce sont des formats simples à comprendre et très interessants !

     

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