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La chronique culturelle #10

Rencontre avec Janna Pinson, étudiante en 5e année de management culturel à l'ICART Bordeaux, qui nous plonge dans l’univers du spectacle vivant. À travers cette chronique, elle partage son regard sur la scène contemporaine et explore les multiples formes d’expression qui la composent, du cirque à la performance. Entre expérience personnelle et analyse sensible, elle nous invite à découvrir le spectacle vivant comme un espace de création, d’émotion et de rencontre.

Janna, 23 ans, poursuit actuellement une 5e année de management culturel à l’ICART Bordeaux, qu’elle a intégré après une licence de lettres et langues à l’université Bordeaux Montaigne. D’abord orientée vers des études pour devenir professeure des écoles, puis traductrice après un Erasmus en Allemagne, elle découvre l'ICART presque par hasard, lors d’un salon étudiant. Passionnée de cirque depuis l’enfance, elle avait pourtant mis de côté l’idée d’en faire son métier, pensant que « être artiste ce n’est pas un métier ». C’est en découvrant les possibilités offertes par les métiers du management et de l'organisation du spectacle vivant qu’elle trouve sa voie. Aujourd’hui, elle continue de pratiquer le cirque et parvient même à vivre en partie de ses représentations artistiques, notamment avec son numéro de cannes d’équilibre.

Comment est née votre passion pour le spectacle vivant ?

Je pense que ma passion pour le spectacle vivant est vraiment née uniquement de ma pratique circassienne. J’ai commencé très jeune, vers mes cinq ans si je me souviens bien. Mes parents m’avaient inscrite car ils me trouvaient trop maladroite et depuis, je n’ai jamais arrêté. Je pense que ce qui m’a plu dans cette pratique, c’est que ce n’était pas un simple sport. C’était le moyen pour moi, petite fille timide et discrète, de réussir à m’exprimer, à frissonner de stress et àressentir l’adrénaline que procure la scène. Il a fallu deux ans seulement pour que je sois repérée par la troupe semi-professionnelle de l’école de cirque de Villenave d’Ornon Imhotep : c’est à ce moment-là que je suis tombée amoureuse de la scène. Très vite, toutes mes semaines ont été rythmées par les entraînements de cirque, et mes week-ends partagés entre créations, répétitions et spectacles. À 12 ans, j’avais déjà joué dans de grandes salles de Bordeaux comme le Rocher de Palmer, La Médoquine ou encore le Palais des Congrès. Je suis restée onze ans dans la troupe, et je l’ai quittée en 2022 pour me concentrer un peu plus sur mes projets artistiques persos. Puis j’ai eu envie de connaître un peu l’envers du décor du spectacle vivant, moi qui ne connaissais que la scène. Créer, organiser, rencontrer les artistes : c’est derrière le rideau que je voulais être pour une fois.

Quels sont les artistes, metteurs en scène ou œuvres qui ont nourri votre regard artistique ?

Ce que j’aime quand je regarde des spectacles, c’est que je les regarde avec mon œil de spectatrice mais aussi et surtout avec mon œil d’artiste. J’imagine les choses que j’aurais faites, la place que j’aurais pu occuper sur scène et je m’inspire des numéros que je vois pour ma future compagnie de cirque rêvée. En général, je suis très inspirée par le cirque contemporain dans sa globalité. J’ai fait un stage de 6 mois en direction artistique à la Smart Cie, qui est elle-même une compagnie de cirque contemporain. J’ai vu plusieurs de leurs spectacles et je trouve très intéressante la manière dont la compagnie traite certains sujets dans leurs spectacles, comme les relations intergénérationnelles dans leur dernière création Uba par exemple. Les sujets sont toujours traités avec une grande légèreté, les rapports humains sont très importants et on sent un lien fort qui unit les artistes de la compagnie. Le collectif XY est également une compagnie que j’admire énormément, surtout d’un point de vue technique. J’ai eu la chance de les voir s’entraîner en live dans les locaux de l’école de cirque de Villenave d’Ornon en septembre dernier dans le cadre du FAB et j’ai vraiment été bluffée par leur niveau technique.

© Uba, Smart Cie

Un spectacle récemment vu qui vous a particulièrement marquée ?

C’était il y a deux ans dans le cadre du FAB (Festival international des Arts de Bordeaux Métropole) au Chapitô de Bègles, organisé par la Cité Cirque. Le spectacle s’appelle Nartiste, c’est une création de la Cie Quotidienne. J’avais un peu d’appréhension au départ. Un seul artiste pour une heure de spectacle avec visiblement un agrès uniquement : la sangle. Le spectacle commence dans le bruit de l’installation du public et bizarrement, on sent très vite que notre entrée fait partie du spectacle, comme si le public avait lui aussi un rôle à jouer. Le nom du spectacle est tiré de Narcisse, personnage mythologique au destin tragique qui a donné son origine par la suite au terme « narcissique », très péjoratif aujourd’hui. Nartiste est donc un jeu de mots autour de ce personnage. Mais cette fois, il s’agit de quelqu’un d’autre, quelqu’un qui, dans le reflet, n’y voit pas que son visage mais aussi celui des autres. La rencontre avec l’autre, l’envie de le connaître, de le comprendre et de s’ouvrir à lui. L’artiste est sur scène, le public dans les gradins, et pourtant on a la sensation d’avoir un rôle à jouer dans ce spectacle. Il se met à nu devant nous et s’ouvre entièrement, si bien qu’on a l’impression de le connaître depuis toujours. Pendant cette heure, aucun flottement, on n’a pas envie que la lumière s’éteigne, on aimerait rester dans ce chapiteau toute la nuit. Sa sangle d’équilibre devient une sangle aérienne et toutes les manières possibles et imaginables de l’utiliser sont exploitées. J’ai adoré voir comment l’artiste (Jérôme Galan) arrivait à utiliser les différents traits de sa personnalité ainsi que les réactions du public dans sa création. Chaque représentation doit être unique et l’émotion toujours aussi forte autant pour le public que pour l’artiste : c’est pour moi ce qui rend le spectacle vivant aussi vivant.

© Nartiste, La Cie. Quotidienne

Parmi les spectacles ou festivals à venir, lequel attendez-vous avec le plus d’impatience cette saison ? Et pourquoi ?

Cette année, j’aimerais beaucoup participer au Festival Fest’arts. C’est un festival de cirque et d’arts de la rue principalement, qui se tient chaque année à Libourne au mois d’août. Je n’ai jamais eu l’occasion d’y aller jusqu’à présent car les dates ne coïncidaient pas avec mon emploi du temps, mais je suis toujours de près le festival et j’aimerais beaucoup y participer un jour avec mon numéro en tant qu’artiste. Le festival s’étend sur trois jours, des propositions artistiques partout dans la ville comme un Avignon à taille réduite. La plupart sont des artistes locaux que j’ai déjà vus en général sur d’autres spectacles ou festivals au cours de l’année, mais je pense qu’il y a de nombreux artistes émergents très intéressants à découvrir.

Selon une étude récente sur les industries culturelles et créatives, le spectacle vivant a connu un fort rebond depuis la crise sanitaire, avec 38 % de croissance depuis 2019. Qu’est-ce qui vous frappe le plus aujourd’hui dans les spectacles que vous voyez ? Voyez-vous de nouvelles tendances émerger ? 

Mon avis à ce sujet est peut-être en partie biaisé car je vais essentiellement voir des spectacles de cirque. Mais j’ai l’impression que le cirque contemporain est vraiment en train de se démocratiser énormément et ça fait vraiment plaisir ! Je vais probablement me mettre du monde à dos en disant ça, mais j’imagine souvent une échelle fictive des arts. Sur cette échelle, on aurait le cinéma ou la musique en haut, puis l’art (musées, expositions…), et en descendant encore un peu, on aurait le spectacle vivant en dernière position. Et enfin, dans le spectacle vivant, je dirais que le cirque se trouve au dernier échelon de cette échelle. Certains diront qu’on ne peut pas classer les arts comme je le fais car ce sont des choses tellement différentes et incomparables, pourtant je sens bien au quotidien que le cirque a toujours eu et a encore du mal à se faire une place aujourd’hui.

Les mentalités changent et grâce aux compagnies contemporaines, l’image arriérée du cirque ambiance fête foraine commence à disparaître. Mais je trouve que c’est toujours difficile d’en parler quand on est artiste ou quand on travaille autour parce qu’il y a quand même besoin à chaque fois de redéfinir ce qu’est le cirque et de dépoussiérer l’image que les gens en ont aujourd’hui. Les festivals comme le FAB à Bordeaux, par exemple, sont le moyen idéal pour démocratiser le cirque. En offrant des représentations gratuites dans toute la ville pendant plusieurs jours, cela permet au public comme aux passants de découvrir des propositions circassiennes en pleine rue sans forcément l’avoir prévu, de manière gratuite. Je pense que c’est vraiment important que la culture vienne aux gens, notamment aux personnes qui n’ont pas trop accès à la culture ou qui ne se sentent pas légitimes de pouvoir y accéder. C’est aussi comme ça qu’elle perdurera dans le temps malgré le manque de moyens financiers qui s’annoncent pour les prochaines années. En ce qui concerne le spectacle vivant en général, c’est vrai que le Covid a peut-être eu un impact plutôt positif sur le spectacle, contrairement au cinéma par exemple. Je crois que le fait d’être enfermé aussi longtemps a rappelé au public l’importance de la culture, des rencontres, du partage et de voir ou vivre des moments magiques en direct.

Avez-vous vu récemment un spectacle qui sortait des formats habituels grâce à un dispositif original ou immersif ? 

J’ai vu en 2024 un spectacle absolument magnifique sous une forme que je n’avais jamais vue auparavant et qui, je pense, n’est pas encore très exploitée. Le spectacle se nomme Pixel par la Cie Käfig fondée par Mourad Merzouki. Käfig, ou « cage » en arabe et en allemand, indique pour Merzouki une volonté d’ouverture et un refus de s’enfermer dans un style. Le style de la compagnie oscille entre danse hip-hop, cirque et arts martiaux. Pixel est un spectacle très immersif qui offre du visuel humain avec les artistes présents sur scène, mais aussi du mapping vidéo sur le sol de la scène ainsi que sur le fond de scène. Ce qui m’a vraiment impressionnée, c’est le temps d’entraînement qu’il a dû y avoir derrière pour un résultat pareil. Le mapping est forcément monté en avance, pourtant les artistes interagissent à la perfection avec les lumières et les formes projetées. Chaque seconde est calculée, chaque millimètre est mesuré à l’entraînement pour que l’artiste arrive toujours au bon moment au bon endroit de la scène. Et l’effet était juste magique. Même si on sait pertinemment que le mapping interagit indépendamment des actions de l’artiste, l’illusion est parfaite, et on ne peut pas s’empêcher de se demander parfois s’il n’y a pas un peu de magie dans l’air… J’ai adoré être autant surprise avec un dispositif qui aurait pu, au contraire, nuire à la représentation sous prétexte de vouloir amener de la modernité au spectacle. Et pourtant, c’est depuis que j’ai vu Käfig que j’ai d’autant plus envie de croiser les arts dans mes créations personnelles. Je pense que si j’avais la possibilité de choisir un spectacle dans lequel je pourrais jouer, ce serait celui-ci.

Un projet que vous avez réalisé dans le cadre de votre formation à l’école de médiation culturelle ICART et dont vous aimeriez nous parler ? 

Dans le cadre du Flex Festival, nous avons organisé avec mon groupe une soirée combinant un spectacle de cirque et de danse ainsi qu’une exposition d’arts visuels. La soirée s’appelait EMEL, pour l’anagramme du mot « mêler » mais aussi pour le prénom turc Emel signifiant « espoir ». Notre volonté était vraiment de décloisonner les arts en les mêlant, aussi bien le spectacle vivant que les arts visuels. Nous avions loué une salle à Bordeaux pour l’occasion, pouvant accueillir dans une pièce notre exposition, puis dans une salle attenante notre spectacle. L’organisation du projet a été un réel plaisir. Je n’avais jamais créé de si gros projet et tout ce que nous avions étudié en cours devenait enfin concret. Le projet nous a tellement plu que nous avons décidé, avec l’une des filles de mon groupe, de créer notre propre association pour refaire vivre cette soirée. L’association EMEL est née en mars 2025 et la deuxième édition du même nom a eu lieu le 11 avril dernier à Bordeaux. Dans ce genre de projet, ce qui n’est pas évident, c’est qu’il faut être à l’aise sur tous les fronts. Comme on est seulement deux sur le projet, on ne peut pas se reposer uniquement sur l’autre sinon il risque de s’écrouler. Trouver l’équilibre entre nous est assez difficile parfois, mais ça nous rendra d’autant plus fières quand on aura réussi.
 

En savoir plus sur les événements organisés par les étudiants

Quel(s) métier(s) du spectacle vivant vous attire(nt) le plus aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je pense que le métier qui m’attire le plus est celui de directrice artistique. Ce poste m’intéresse énormément car, à mon sens, c’est de celui-ci que découlent les grandes décisions artistiques d’un projet, d’une compagnie ou d’un lieu, en restant toujours cohérent avec créations et programmation. Ce qui me motive particulièrement dans ce métier, c’est la possibilité d’imaginer des univers, de choisir des orientations esthétiques et thématiques, et d’accompagner les artistes dans leurs processus de création. Le directeur artistique joue un rôle essentiel dans la construction du sens d’un projet : il ou elle choisit les spectacles, les artistes, les formes, et participe à l’élaboration de l’identité artistique d’une structure. Mon rêve le plus fou serait d’être directrice artistique de ma propre compagnie de cirque, comme ma tutrice qui m’a tant inspirée lors de mon dernier stage. Il y a tellement de choses que j’aimerais mettre en place, d’idées qui me suivent depuis toujours et de numéros dont mon imagination se nourrit. Je pense qu’il faut quand même acquérir une certaine maturité pour un poste comme celui-ci.

Dans un avenir proche, je me verrais plutôt chargée de production car c’est un métier qui se situe au croisement de l’artistique et de l’organisation. Il permet d’accompagner concrètement un projet de création, depuis sa conception jusqu’à sa diffusion, en faisant le lien entre les artistes, les équipes techniques et les partenaires. J’aime beaucoup l’idée de participer à la réalisation d’un spectacle sans être sur scène, mais en étant quand même un maillon essentiel de sa réussite. C’est un travail à la fois très concret et très humain, qui demande beaucoup de rigueur tout en restant au service de la création.
 

Les recommandations culturelles de Janna

🎭 Une pièce ou un spectacle incontournable ?
Allez voir n’importe quel spectacle du collectif XY vous ne serez pas déçu !

🎪 Une salle de spectacle à découvrir à Bordeaux ?
Le Pin Galant pour des grands formats de spectacle et Le Chapitô de Bègles pour de plus petits formats mais pas des moindres !

👂 Un podcast sur le spectacle vivant à conseiller ?
Une histoire du cirque, podcast très intéressant sur la création des écoles et formations de cirque

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🎟️ Un bon plan étudiant pour profiter de la culture ?
Les spectacles un peu niches pas très chers dont on entend parler seulement par une affiche miteuse sont vraiment les meilleurs !

 

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