La chronique culturelle #8
Rencontre avec Sandie Brebion, étudiante en majeure Cinéma à l’ICART Bordeaux. Après une première expérience professionnelle en salle, elle a choisi de se former aux métiers qui structurent et accompagnent le cinéma, avec l’ambition de devenir programmatrice. Entre passion pour le grand écran, admiration pour les univers de Wes Anderson et Tim Burton, et regard attentif sur les mutations du secteur, Sandie défend une conviction forte : l’expérience en salle reste au cœur de l’émotion cinématographique.
Arrivée en 4ᵉ année à l’école de médiation culturelle ICART Bordeaux, Sandie a choisi de rejoindre le MBA Spécialisé Management & Ingénierie Culturelle, Majeure Cinéma après un premier parcours en Langues Étrangères Appliquées et une expérience professionnelle dans un cinéma en Vendée. Souhaitant comprendre le fonctionnement global du secteur, elle a intégré une formation lui permettant d’aborder le cinéma sous l’angle de la gestion, de l’exploitation et de la programmation. Son parcours lui offre aujourd’hui une vision à la fois théorique et concrète des enjeux contemporains du grand écran, et nourrit son ambition de devenir programmatrice, entre exigence artistique et écoute des publics.
Comment est née votre passion pour le cinéma ?
Depuis très jeune, j’ai pris l’habitude d’aller au cinéma, notamment avec ma famille : nous y allions souvent. C’est d’abord grâce à mes parents que j’ai développé ce goût, mais aussi grâce à ma grande sœur, avec des films plus art et essai.
Au lycée, j’ai eu la chance de suivre une option cinéma qui m’a appris à analyser un film, à comprendre les métiers du secteur, les différentes échelles de plans et ce que leur utilisation peut traduire dans une histoire. C’est à ce moment-là que j’ai participé à la réalisation de trois courts-métrages en petit groupe : du développement des idées jusqu’au montage, tout était imaginé par nous, même si nous étions accompagnés techniquement sur le tournage.
Je pense aussi aux dispositifs d’éducation à l’image qui ont rythmé ma scolarité : ils m’ont permis de découvrir des films que je n’aurais pas regardés à l’époque et d’élargir mon appétit pour différents genres.
D’année en année, j’ai cultivé cette passion, mais c’est surtout lors de mon stage de licence dans un cinéma que j’ai compris que je voulais en faire mon métier. J’y ai redécouvert le rapport à la salle et les moments de connexion qu’elle permet.
Si je devais citer des réalisateurs qui ont façonné mon regard, je dirais que j’ai beaucoup d’affection pour les films de Wes Anderson ou Tim Burton, ils ont tous les deux des esthétiques très tranchées dans leurs univers, mais aussi une certaine forme de poésie que j’aime beaucoup. Ils ont une imagination singulière, qui m’a très rapidement fait rêver. J’apprécie aussi les films sur le cinéma, sur l’envers du décor comme
Babylon,
Empire of Light ou
The Artist.

Le dernier film qui vous a particulièrement marquée ?
Dans les derniers films que je suis allée voir, j’ai beaucoup apprécié Hamnet. Ce qui m’a marquée, c’est la prestation de Jessie Buckley, je l’ai trouvée très impressionnante. Les deux enfants étaient aussi très doués, ce n’est pas évident de jouer une scène de mort crédible à un si jeune âge. Certains acteurs adultes auraient même des notes à prendre !
J’ai vraiment eu de l’empathie pour le drame qu’ils traversaient et je n’ai pas eu l’impression d’un effet « tire-larmes », qui a tendance à forcer certaines scènes pour émouvoir les spectateurs.
Retour sur le Festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez, dont l’ICART est partenaire, y a-t-il un lauréat qui a retenu votre attention ?
Oui, De la Comédie-Française, j’ai trouvé l’idée intéressante de faire un film sur la Comédie-Française, en plus le casting promet un film sympathique ! La Comédie-Française représente pour moi une sorte de monument sacré donc j’ai hâte d’en découvrir les coulisses.
J’ai aussi noté C’est quoi l’amour, j’aime beaucoup les deux acteurs. Laure Calamy a d’ailleurs remporté un prix, c’est une actrice que je trouve très pétillante et qui donne beaucoup d’énergie dans ses rôles. J’ai donc également hâte de la voir à l’écran.
La liste des nominés pour les Oscars 2026 vient d’être communiquée, avez-vous des favoris ?
Ce n’est jamais évident d’avoir un choix en particulier quand ils sont tous bons, mais dans mes « favoris » : Jessie Buckley (meilleure actrice), Teyana Taylor (meilleure actrice second rôle), Sean Penn (meilleur acteur second rôle), Frankenstein (costumes). Marty Supreme n’est sorti que le 18 février en France alors je ne peux pas trop me prononcer, mais j’ai bien l’impression qu’il pourrait être le meilleur film d’après les retours et aussi avoir l’Oscar du meilleur acteur. Et je croise les doigts pour qu’un des films français d’animation l’emporte !
> Retrouvez la cérémonie et la liste complète des lauréats des Oscars 2026 dans la nuit du lundi 16 mars 2026

Le cinéma a beaucoup évolué ces dernières années avec l’arrivée de nouvelles technologies, des plateformes de streaming et des productions internationales. Qu’en pensez-vous en tant qu’étudiante en cinéma ?
J’ai bon espoir que les spectateurs continueront à aller en salle. Même si les habitudes ont évolué avec l’arrivée des plateformes et le COVID, rien ne pourra battre l’ambiance des salles, le grand écran et la notion de communion pendant quelques heures. Une partie de la population sera peut-être plus amenée à consommer uniquement des films sur les plateformes du fait des habitudes qu’ils ont prises, mais une autre partie gardera l’habitude de se rendre en salle.
Concernant les productions internationales, je n’ai pas l’impression que le cinéma français ait à craindre quelque chose, au contraire, le cinéma français est connu pour sa richesse et est même très reconnu dans les compétitions ces dernières années. Dans certains pays, aux États-Unis en l’occurrence, cette variété de contenus tend à disparaître, surtout le cinéma art et essai.
Pour en revenir au côté français, je pense aussi que le cinéma a besoin d’écouter davantage ce que les spectateurs souhaitent pour pouvoir espérer concurrencer les plateformes. Notamment en ce qui concerne les récits, faire confiance au nouveau, ne plus systématiquement aller vers ce qu’on connaît déjà. Après mes quelques expériences, j’ai vraiment ce ressenti, les films qui marchaient énormément avant ne font plus vraiment, voire plus du tout recette, c’est toujours un peu les mêmes histoires et les mêmes têtes.
Selon vous, quelle place le cinéma doit-il occuper aujourd’hui dans notre société ?
Une place importante via les dispositifs d’éducation à l’image, comme je le disais précédemment. Ils sont primordiaux pour forger des habitudes assez rapidement chez un élève. Mais je pense aussi qu’il faudrait se pencher sur ces dispositifs dans leur globalité, que ce soit par rapport aux coûts des transports pour faire venir les élèves au cinéma, mais aussi à l’accompagnement des films par les professeurs ou les médiateurs, ce sont des temps supplémentaires qui demandent beaucoup de travail de préparation et ce n’est pas toujours évident de les inclure quand il y a d’autres tâches en parallèle.
Aussi, il y a de nombreux exemples qui illustrent le fait que le cinéma doit garder une place importante, de par ce qu’il permet : aborder des sujets difficiles, reconnaissance d’événements historiques, libérer la parole, favoriser le débat, rassembler… Le cinéma est un médium connu de tous et très accessible, contrairement à d’autres formes d’art, chacun peut donner son avis et se l’approprier.
Qu’est-ce que votre parcours à l’ICART vous apporte concrètement dans votre compréhension du cinéma ?
Concernant l’aspect théorique, l’ICART m’a permis d’avoir une approche du cinéma en tant que système, de comprendre comment il fonctionnait, avec quels types d’acteurs. Un des cours m’a aussi poussée à développer mon esprit critique quand je regarde un film, ce que j’en retiens et pourquoi.
Dans la pratique, le stage que j’ai effectué l’année passée m’a permis de voir directement sur le terrain l’exploitation, la programmation d’un cinéma et les échanges avec les différents partenaires.
Un projet que vous avez réalisé dans le cadre de votre formation à l’école de médiation culturelle ICART dont vous aimeriez nous parler ?
En 4e année, dans le cadre du Flex Festival, j’ai fait partie du groupe cinéma qui proposait un événement : une séance immersive autour du film Breakfast Club à l’UGC Ciné Cité Bassins à Flots. C’était vraiment une bonne expérience, on avait créé une ambiance dans le hall avec des objets des années 1980, il y avait aussi une playlist diffusée dans la salle. On avait fait des petits questionnaires en avant-séance, les spectateurs pouvaient s’aider des cartels que nous avions faits sur le contexte du film, notre but ici était de contextualiser le film pour une partie du public qui n’était pas encore née à l’époque, en plus, il y avait des places à gagner pour les participants. On avait aussi créé une fausse page de bandes-annonces et publicités avec celles de l’époque.
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Quel(s) métier(s) du cinéma vous attire le plus aujourd’hui ?
Je souhaiterais être programmatrice, que ce soit pour un cinéma ou un festival. J’ai découvert ce métier lors de mon stage en L3 et ça a été le coup de foudre. Je trouve que c’est un travail très intéressant, car il y a de la sélection et aussi une notion d’écoute, d’analyse. C’est proposer des films que le public souhaite voir, mais aussi savoir lui proposer des nouveautés. Pour le moment, j’ai seulement eu un aperçu pour un cinéma et c’est vraiment un travail d’écoute, de ressenti. Concernant les festivals, je trouve que c’est un travail d’orfèvre, c’est un choix parmi des centaines de films pendant des mois pour ensuite leur donner de la lumière pendant une période. Pour certains, c’est aussi la chance de pouvoir avoir un distributeur, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas, mais cela leur permet d’avoir tout de même de la reconnaissance.
Les recommandations culturelles de Sandie
🎬 Le meilleur film de tous les temps ?
Si je dois n'en choisir qu’un, The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson
🎞️ Un film culte à voir au moins une fois dans sa vie ?
📺 Une série à binge-watcher ?
The Office US en boucle !
🎧 Une bande originale à écouter ?
La bande originale de Babylon de Damien Chazelle (mention spéciale pour Manny and Nellie’s Theme et Voodoo Mama)
🎟️ Une salle de cinéma à découvrir à Bordeaux ?
Je vais souvent à l’UGC Ciné Cité Bordeaux Gambetta, il y a une bonne et large programmation.
👂 Un livre ou podcast sur le cinéma à conseiller aux passionnés ?
Un livre Tout sur le cinéma aux Éditions Flammarion, pour les courants du cinéma et Movieland de David Honnorat, un bon livre pour « s’orienter » dans toute cette multitude de films ! Pour les podcasts, j’écoute ceux de Radio France.
📱 Des comptes à suivre pour rester à jour
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Aussi : @TroisCouleurs, Première, Les Cahiers du Cinéma, La Septième Obsession
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