De The Odyssey à Harry Potter : comment les salles de cinéma réinventent-elles l’expérience spectateur ?
À l’heure où les plateformes permettent d’accéder à des milliers de films depuis son canapé, les salles de cinéma cherchent de nouvelles façons de donner envie au public de se déplacer. Formats premium, séances événementielles, rencontres, expériences immersives… Quel avenir pour les salles de demain ?

Et si aller au cinéma redevenait une expérience en soi ?
Pourquoi certains spectateurs sont-ils prêts à réserver leur place longtemps à l’avance, à parcourir plusieurs heures de route ou à choisir une salle spécifique pour voir un film ? La sortie de The Odyssey, le nouveau film de Christopher Nolan, apporte une réponse spectaculaire à cette question.
Sorti en juillet 2026, le film a été conçu pour être découvert sur grand écran et notamment en IMAX. Son exploitation dans le format 70 mm, disponible dans un nombre très limité de salles, a suscité un véritable engouement auprès des cinéphiles. Certaines salles ont même prolongé leurs séances face à la demande. Le phénomène dépasse d'ailleurs le seul cercle des passionnés de cinéma. En France, The Odyssey a attiré plus de 6,4 millions de spectateurs et participé, avec d'autres blockbusters de l'été, au rebond de la fréquentation des salles en 2026.
Cette sortie pose donc une question essentielle pour l'avenir du cinéma : qu'est-ce qui peut encore pousser le public à quitter son canapé pour aller en salle ? La réponse pourrait se trouver dans un mot : l'expérience.
Salle de projection de COSM, Los Angeles
Mais derrière ce mot se cachent des expériences très différentes car rendre une séance immersive ne signifie pas nécessairement multiplier les effets ou les technologies : cela peut aussi consister à repenser la manière dont un film est conçu, projeté et vécu par le spectateur. De l’IMAX de Christopher Nolan au dispositif immersif de "Shared Reality" de COSM à Los Angeles, deux exemples récents illustrent cette nouvelle manière de penser la salle de cinéma.
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The Odyssey : quand le format fait partie du film
Avec The Odyssey, Christopher Nolan pousse particulièrement loin la logique du cinéma en grand format. Pour ce nouveau film, l'ambition était encore plus importante : The Odyssey a été tourné intégralement avec des caméras IMAX, une première pour un long métrage de fiction de cette ampleur.
Le choix de l'IMAX participe ici à la manière dont le film a été pensé et fabriqué. L'image peut occuper une partie beaucoup plus importante du champ de vision du spectateur, tandis que le grand écran et le système sonore contribuent à créer une sensation d'immersion particulièrement forte. Cette démarche rejoint une volonté plus large du réalisateur : faire du cinéma une expérience qui justifie précisément le déplacement du spectateur.
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Harry Potter à L’École des sorciers : quand le film sort de l'écran
Avec COSM, l'expérience cinématographique franchit une nouvelle étape : il ne s'agit plus seulement d'agrandir l'image, mais de transformer l'espace autour du spectateur. À Los Angeles, le lieu immersif COSM propose Harry Potter à l'école des sorciers dans son format « Shared Reality », un environnement visuel immersif qui enveloppe le public.
Ici, le spectateur ne regarde plus simplement un écran : il se retrouve au cœur d'un environnement inspiré de l'univers du film. Certaines scènes sont enrichies par des contenus spécialement conçus pour cette expérience, tandis que l'espace lui-même participe à la narration. Le dispositif va donc plus loin que les formats de cinéma premium traditionnels, COSM transforme littéralement l'environnement du spectateur.
L’IMAX est un format difficile à tourner mais c’est très gratifiant. La qualité d’image dépasse tout ce qui existe, donc c’est assez addictif. [...] Hoyte Van Hoytema, mon directeur de la photographie et moi-même, avons toujours cette conversation sur "comment on va tourner" et on revient toujours à l’IMAX parce que c’est tellement une belle façon de faire un film.
IMAX, 4DX, ScreenX… quand la salle devient immersive
De l'IMAX à la 4DX en passant par ScreenX et les expériences comme celles proposées par COSM, les salles disposent désormais de nombreux moyens pour réinventer la relation entre le spectateur et l'écran. Depuis plusieurs années, les exploitants développent des formats premium destinés à enrichir l'expérience du spectateur.
Le principe du 4DX, par exemple, ajoute aux images des mouvements de fauteuils et différents effets sensoriels. D'autres technologies, comme ScreenX, élargissent l'image aux murs latéraux de la salle afin de créer un champ de vision plus large.
Mais l'immersion ne se limite pas à la technologie. Une séance en présence d'un réalisateur, un ciné-concert, une projection accompagnée d'une rencontre, un marathon consacré à une saga ou encore la retransmission d'un spectacle vivant peuvent eux aussi transformer une simple séance en événement culturel. C'est une évolution importante : le cinéma ne cherche plus seulement à améliorer ce que le spectateur voit, mais aussi ce qu'il vit avant, pendant et après la projection.
Salle de projection de COSM, Los Angeles
Pourquoi le public recherche-t-il davantage l'expérience ?
Cette transformation répond à une évolution profonde des pratiques culturelles. Aujourd'hui, regarder un film est devenu extrêmement simple : les plateformes permettent d'accéder à une quantité considérable de contenus, à tout moment et depuis presque n'importe où. La salle doit donc apporter quelque chose de différent car son avenir ne dépend peut-être pas de sa capacité à devenir toujours plus spectaculaire, mais de sa capacité à proposer quelque chose que le spectateur ne peut pas reproduire chez lui. Or, contrairement à ce que l'on pourrait penser, le public n'a pas nécessairement abandonné l'expérience collective du cinéma.
Selon le CNC, 62,9 % des Français sont allés au moins une fois au cinéma en 2025. Chez les moins de 25 ans, le taux atteint même 78,6 %. Le CNC souligne également que le cinéma reste une pratique collective : 32,5 % des Français y vont en couple et 29,3 % en famille. Autrement dit, le cinéma n'est pas seulement un moyen de regarder un film : c'est aussi une sortie, un moment partagé et une expérience sociale. C'est précisément cette dimension que les salles cherchent aujourd'hui à renforcer.
De la séance à l'événement : l'immersif est-il vraiment l'avenir des salles ?
La transformation est particulièrement visible dans la multiplication des séances événementielles : avant-premières, rencontres avec les équipes, ciné-concerts, projections de classiques restaurés, retransmissions d'opéras ou de spectacles, soirées thématiques, festivals…
Tous ces formats ont un point commun : ils donnent une raison supplémentaire de venir en salle. Le CNC constate d'ailleurs que les animations proposées dans les cinémas sont aujourd'hui davantage appréciées qu'avant la crise sanitaire. Dans son étude sur les pratiques cinématographiques des Français en 2025, l'institution relève également l'influence croissante des réseaux sociaux et une réactivité accrue du public aux nouvelles sorties.
La salle devient ainsi progressivement un lieu culturel à part entière, capable de proposer différentes expériences autour du cinéma.
Attention toutefois à ne pas tirer une conclusion trop rapide du succès de The Odyssey. Toutes les salles ne peuvent pas devenir des IMAX. Tous les films ne nécessitent pas non plus des fauteuils en mouvement, un écran panoramique ou des effets sensoriels. L'expérience immersive peut elle-même devenir un argument commercial sans garantir que le public reviendra régulièrement.
Le véritable enjeu semble donc être ailleurs : il ne s'agit pas nécessairement de rendre tous les films plus spectaculaires, mais de donner au spectateur une bonne raison de vivre le film en salle.
Salle de projection de COSM, Los Angeles
Pour un blockbuster comme The Odyssey, cette raison peut être l'immensité de l'image et la puissance du format IMAX. Pour un film indépendant, elle peut être la rencontre avec son réalisateur. Pour un film de patrimoine, une restauration exceptionnelle. Pour un documentaire, un débat. Pour un film musical, une séance accompagnée d'une performance live. L'immersion peut donc prendre des formes multiples.
Cette évolution pourrait finalement conduire à repenser la fonction même de la salle. Plutôt que d'être uniquement un espace de diffusion, elle pourrait devenir un lieu de découverte, de rencontre et de sociabilité autour de l'image. Cette transformation passe également par le numérique. Les exploitants développent leur présence en ligne, la réservation numérique s'est largement généralisée et les réseaux sociaux occupent une place croissante dans leur communication. En 2025, 93 % des cinémas disposaient d'un site internet et 95 % étaient présents sur les réseaux sociaux, selon le CNC.
Le parcours du spectateur commence donc de plus en plus avant même son arrivée dans la salle : il découvre un film sur Instagram ou TikTok, réserve son billet en ligne, partage son expérience, puis peut prolonger celle-ci grâce à d'autres contenus ou événements. La salle devient ainsi le point central d'une expérience culturelle plus large.
Quels métiers derrière cette nouvelle expérience cinéma ?

Réinventer la salle ne relève pas uniquement de la technologie. Cela nécessite aussi des professionnels capables de comprendre les publics, d'imaginer des événements, de construire une programmation et de créer une véritable stratégie de communication.
Derrière une nouvelle expérience cinématographique peuvent ainsi intervenir différents métiers enseignés à l'ICART :
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Exploitant de salle, pour piloter l'exploitation et l'expérience du public
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Chargé de programmation culturelle, pour imaginer des rencontres et événements
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Chargé de relation avec les publics, pour développer et fidéliser les spectateurs
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Chargé de mécénat et des partenariats, pour construire des collaborations avec des marques, institutions ou festivals
Ces métiers illustrent une évolution plus globale des industries culturelles : la création d'une œuvre et sa rencontre avec le public sont désormais deux enjeux intimement liés.
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La salle de demain
Le succès de The Odyssey ou celui des 25 ans de Harry Potter montrent donc quelque chose d’intéressant : lorsqu'une expérience est suffisamment singulière, le public est encore prêt à se déplacer pour la vivre. À l'heure où l'accès aux contenus n'a jamais été aussi facile, la valeur de la salle pourrait donc résider précisément dans ce qu'une plateforme ne peut pas reproduire : la grandeur de l'écran, la qualité de la projection, l'émotion collective, la rencontre, l'événement et le sentiment de vivre quelque chose avec d'autres spectateurs.
L'avenir du cinéma en salle ne se jouera peut-être donc pas contre le streaming, mais sur un autre terrain : celui de l'expérience.
Et si le cinéma de demain n'était finalement pas seulement un endroit où l'on va voir un film, mais un lieu où l'on vient vivre le cinéma ?
Un questionnement pertinent pour les étudiants du "MBA Spécialisé - Industrie du cinéma" de l'ICART, qui sont formés à s'adapter à ces nouveaux usages et modes de consommation des spectateurs ainsi qu'à l'impact des évolutions technologiques au cœur de l'industrie cinématographique.
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